Le conseil d'enfants : la démocratie s'apprend dès l'école

Tous les vendredis à 15h, dans une classe de l’ASEM, les chaises sont disposées en cercle. C’est l’heure du conseil d’enfants. Un élève préside, un autre prend des notes. À l’ordre du jour : les problèmes de la semaine, les projets à venir, les décisions à prendre collectivement.

Le conseil d’enfants est une technique Freinet qui fait des élèves de véritables citoyens. Ils apprennent à s’exprimer, à écouter, à débattre, à décider ensemble, à respecter les règles qu’ils ont eux-mêmes établies.

Une vraie instance démocratique

Dans les écoles ASEM, le conseil d’enfants se réunit régulièrement (souvent une fois par semaine). Voici comment ça se passe :

  1. Le président du jour (un élève) ouvre la séance, donne la parole, veille au respect du temps et des règles de débat.
  2. Le secrétaire (un autre élève) note les principales décisions. Certaines classes utilisent un système simple appelé DIPOD : Date, Instance, Présents, Ordre du jour, Décisions.
  3. L’ordre du jour est établi à l’avance. Les élèves peuvent proposer des sujets à discuter : un conflit dans la cour, une sortie à organiser, l’aménagement de la classe, les règles de vie, un projet collectif…
  4. Le débat : chacun peut s’exprimer. L’enfant qui a la parole doit être écouté. On apprend à argumenter, à proposer des solutions, à faire des compromis.
  5. Les décisions sont prises collectivement, souvent par vote. Une fois votée, une décision s’applique à tous.

Un exemple marquant

À l’école de Wassoul, dans le Delta, une expérience extraordinaire a été menée : les enfants ont initié des « conseils de village » ! Inspirés par les conseils d’enfants de leur classe, ils ont proposé de créer des instances où les délégués des élèves siègent aux côtés des notables, des femmes et d’autres personnalités pour discuter et prendre des décisions sur tout ce qui concerne le village.

C’est la preuve que le conseil d’enfants n’est pas un jeu : c’est une vraie formation à la citoyenneté active.

Gérer ensemble les problèmes

Le conseil traite aussi des conflits. Si deux élèves se sont disputés dans la cour, au lieu d’être punis directement par le maître, ils peuvent exposer leur problème au conseil. Leurs camarades les écoutent, posent des questions, proposent des solutions. Souvent, les enfants trouvent eux-mêmes des résolutions justes et acceptées par tous.

Cheikh Makhfousse Seck, trésorier de l’ASEM et personne ressource, est spécialisé dans cette technique. Il explique :

« Le conseil d’enfants apprend à gérer la discipline autrement. Ce n’est plus le maître qui impose, c’est le groupe qui régule. »

Des compétences pour la vie

À travers le conseil d’enfants, les élèves développent :

  • L’expression orale : ils apprennent à parler devant un groupe, à structurer leur pensée
  • L’écoute : respecter la parole de l’autre, même si on n’est pas d’accord
  • L’argumentation : convaincre avec des arguments, pas avec des cris
  • La négociation : trouver des compromis
  • La responsabilité : appliquer ce qu’on a décidé ensemble
  • Le respect des règles : parce qu’on les a votées, on les respecte mieux

Un outil pour tous les âges

Le conseil d’enfants se pratique dès la maternelle (avec des formes adaptées) jusqu’au CM2. Dans certaines écoles ASEM, il y a même des conseils d’école qui regroupent des représentants de toutes les classes.

À Diawar, l’école où tout a commencé pour l’ASEM, le conseil d’enfants est pratiqué depuis les années 1990. Résultat : les anciens élèves de cette école sont réputés pour bien assumer les responsabilités au collège et s’impliquer activement dans la vie de leur établissement.